Copenhague (2)
De 10h du matin à 21h... presque 12 heures de réunion! Ponctuées de pauses de petits quarts d'heure. Et je me demandais d'où venait cette migraine... grosse, grosse journée pour ce deuxième volet du week end de travail du Climate Justice Action. Et plusieurs bonnes nouvelles. D'abord, la décision collective d'organiser deux grosses actions désobéissantes pendant le sommet du climat de décembre. Un blocage lié au système de production (énergie, agrocarburant ou autres), et, quelques jours plus tard, une marche vers la conférence de l'ONU, avec l'objectif d'aller le plus loin possible: au pied des barrières qui l'entoureront, aux portes du bâtiment ou, qui sait, à l'intérieur... Deux actions "radicalement non violentes" mais fortement perturbatrices pour porter haut le mécontentement contre le processus de négociations de l’ONU sur le climat, incapable de résoudre la crise climatique.

Depuis la salle de réunion. Par la fenêtre: Christiana, 19 juin 2009.
La validation de ces deux actions a égayé les rangs du Climate justice action (CJA). Depuis la veille, quelques tensions et frustrations étaient apparues. Pas évidentes à décrypter au départ mais intéressantes à analyser. A l’origine du CJA, et parmi ses animateurs les plus actifs, on trouve des activistes de culture plutôt autonome, enclin à la désobéissance civile et à l’action directe. Très vite, ils ont ouverte leur espace de discussion à l’international, notamment à travers une liste de diffusion d’emails, et par des réunions tenus à Poznan et Bonn, en marge des grands rendez-vous institutionnels de la diplomatie du climat. Parallèlement, d’autres réseaux politiques se mettaient en place au Danemark pour organiser les réactions de la société civile face à la conférence de l’Onu. Parmi les plus importants, on trouve le People Climate Action (PCA), regroupant les grandes ONG, et le Klimat Forum, plus à gauche. Or ce dernier, n’avait jusqu’à présent pas vraiment ouvert d’espace de travail avec les organisations étrangères, étant lui-même en prise avec de difficiles négociations avec le gouvernement danois pour l’obtention de subventions. Résultat, c’est le CJA qui s’est retrouvé à jouer le rôle de hub, de portail international, car le seul réseau à organiser contacts et réunions avec les non Danois. Mais au prix d’une certaine confusion, puisque certains de ces hôtes se situent sur une ligne moins radicale. Et d’une charge de travail gigantesque, bien au-delà de ses capacités.
Ce malaise aurait pu miner la discussion et ébrécher la confiance entre les groupes. Grâce à la qualité de l’espace de discussion mise en place (plénière, tours de parole distribuée par un « facilitateur », écoute respectueuse de l’ensemble du groupe), une personne a pu prendre la parole et longuement expliqué sa frustration. Intervention étonnante et bénéfique, mélangeant analyse politique et expression très subjective d’affect. Du bon usage des sentiments en politiques. Et de l’importance de savoir les exprimer à bon escient.
Autre bonne nouvelle : une forte motivation de différents participants pour prendre des initiatives sur la dette écologique. Là encore, deux dates d’actions pour décembre : une journée de mobilisation sur les finances et la dette écologiques, et la tenue d’une session préalable ou d’une audition d’un tribunal du climat. Ce sont en particulier des militants des réseaux Jubilee South et Third World Network qui ont appuyé cette demande. Joie de ce type de rencontres : c’est une idée que nous étions à Paris quelques uns à travailler depuis plusieurs mois, en référence au Tribunal permanent des peuples. L’idée est de recueillir des témoignages de victimes directs du changement climatique, et de dénoncer ainsi les méfaits de « criminels du climat ». Qu’il s’agisse de gouvernements, d’institutions internationales, de multinationales…Un tribunal de la dette écologique pourrait se tenir en Bolivie en octobre. Le gouvernement bolivien porte une proposition sur la dette écologique au sein des négociations sur le climat. Pour l’instant au sein du CJA, nous avons formé un groupe de travail sur la dette écologique. Et nous allons lancé un appel à témoignages. Ce fut l’une des réunions les plus prometteuses du week end.
A 22h30, départ était prévu depuis la Fabrikken, l’ancienne fabrique textile, où nous nous réunissons à Christiana, la grande communauté autogéré de Copenhague, pour partir en street party. Ou plutôt une squat party dans un lieu abandonné près de l’aéroport. Mais pris par une discussion sur le regain du mouvement d’occupations d’usines (mais aussi d’hôpitaux…) en Argentine, nous ratons le départ. Déboulant sur le lieu de rendez-vous vers 23h, nous ne trouvons plus personne. Et rentrons nous coucher en critiquant le plan de soutien des banques d’Obama. Non sans chercher un café où prendre un chocolat chaud pour se réchauffer après des heures de discussion en plein air. Mais oh malheur, tout est fermé. Même le 7/11 au pied de notre B&B. A minuit, nous sommes déjà tous dans nos chambres. Dur vie d’activistes.
Publié le dimanche, 21 juin 2009, par jade dans la catégorie : Sur la route de Copenhague - Lien permanent